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Jacky SIMON: médiation et confiance...

May 2, 2019

 

Jacky Simon, inspecteur général (h) et créateur du réseau des médiateurs, nous adresse cette tribune, que nous publions bien volontiers.

Toute nouvelle loi traitant de l’école est l’aveu d’une faiblesse de notre système éducatif qu’il convient de réparer Cette fois le mal est profond semble-t-il puisqu’il s’agit de redonner confiance dans l’institution et dans chacun des acteurs de l’école.

Cette recherche de confiance touche à la réussite des élèves et à leur avenir mais aussi aux rapports quotidiens parfois compliqués entretenus par les uns et les autres. Alors qu’une partie de la communauté éducative se focalise sur certains aspects du projet de loi dont la discussion au Sénat va commencer, on oublie un peu trop les efforts significatifs faits pour rendre l’école plus compréhensible à tous Tel est le cas de la médiation institutionnelle qui date maintenant de plus de 20 ans.

L’image véhiculée de l’Education Nationale est souvent celle d’une institution pesante, peu flexible et s’adaptant avec difficulté même si sur une longue période on constate qu’il n’en est rien, n’en déplaise à ceux qui, adeptes de bons mots, l’assimilent à un mammouth. Elle a fait preuve d’adaptabilité, mais reste très en retrait dans ses relations avec ses usagers (parents, étudiants …) et ses personnels. Son comportement est de type régalien, mode ancien. Cette attitude est d’autant plus insupportable qu’elle se développe dans un milieu où complexité et complications inutiles règnent alors que critiquée de plus en plus , l’école est sollicitée plus que jamais.

Fort de ce constat et de mon expérience professionnelle, j’ai créé en 1998, à la demande du ministre Claude Allègre et en toute indépendance, le réseau des médiateurs. Il est composé de médiateurs académiques, hommes ou femmes de bonne volonté, bénévoles, bons connaisseurs de la sphère éducative, avec en tête de réseau le médiateur de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur (actuellement une médiatrice, femme très dynamique – Catherine Becchetti-Bizot- : mediateur@education.gouv.fr et www.education.gouv.fr/médiateur), ils sont totalement indépendants des structures administratives (recteur et leurs services). Le médiateur au plan national est lui aussi indépendant des structures ministérielles, il nomme les médiateurs académiques et organise le réseau comme il l’entend, sans aucune interférence du niveau ministériel et n’a de compte à rendre qu’aux ministres qui l’ont nommé pour trois ans renouvelable .

En rupture avec toutes les pratiques habituelles d’une administration qui édicte en permanence des règles, conseils appuyés et autres … ce dispositif repose sur l’adhésion a un principe simple : apporter une aide à autrui , preuve s’il en était besoin que les énarques et autres technocrates trop caricaturés, sont attachés aux bien être de nos concitoyens … La référence aux valeurs du service public et à la Charte des médiateurs du Service public élaborée par ces derniers (26 membres à ce jour) est le ciment qui les unit.

Les médiateurs sont chargés de recevoir les réclamations concernant le fonctionnement du service public dans ses relations avec les usagers et les agents.

L’idée de base est simple : tout conflit sans solution, du plus petit au plus grand est digne d’intérêt et doit faire l’objet de la recherche d’une issue apaisée et convenable pour les deux parties.

Référons-nous à Montaigne pour lequel "une injustice faite à un seul homme est une menace faite à tous".

Sont concernés aussi bien les personnels qui peuvent par exemple contester un point touchant à leur carrière, les étudiants n’obtenant pas une bourse ou un parent en conflit avec le principal du collège de son enfant à propos d’une réprimande …

Dans tous les cas les intéressés doivent apporter la preuve du refus de leur interlocuteur avant de saisir le médiateur académique ou le niveau national si la décision contestée a été prise à ce niveau. Si la demande est recevable et non contraire à la loi et à la réglementation, le médiateur tentera de rapprocher les points de vue mais le décideur final restera toujours celui qui a pris la décision initiale, le médiateur n’étant qu’un tiers essayant de mettre de "l’huile dans les rouages"

Le médiateur n’est en aucune façon un juge mais il connait bien les arcanes du système éducatif et est capable d’empathie et de susciter la confiance.

L’anniversaire de 20 ans de médiation, célébré le 9 octobre dernier, en présence de Jean-Michel Blanquer était placé sous le signe de la confiance à promouvoir. Cette journée a été l’occasion de mettre l’accent sur l’utilité incontestable d’un dispositif qui a traité l’an dernier près de 15 000 réclamations émanant largement des usagers (plus de 70%) et dans une mesure beaucoup moindre des personnels.

Bien entendu il ne s’agit pas du Grand Soir de la modernisation des rapports entre l’institution scolaire et tous ceux qui l’approchent mais plutôt d’une avancée à "bas bruit" faite de patience, de dialogue et de recherche de compréhension mutuelle. En effet de très nombreux cas de saisine touchent à une demande de renseignement pour comprendre et être rassuré face à ce qui apparaît trop comme un dire d’expert. L’usager est trop souvent placé dans la situation de l’homme ou de la femme "face à un expert que l’on ne comprend pas et devant lequel on tremble" (M. Boiteux).

La logique du système prime encore trop souvent la solution et les médiateurs académiques, ces artisans, "ces bricoleurs du social" jouent ce rôle de passeur en particulier au bénéfice des plus modestes culturellement qui, à la différence des "initiés culturels", ne parlent pas le même langage que l’institution et ses représentants.

Il en est ainsi en particulier pour les plus éloignés de l’école qui ont peur de l’institution qu’ils assimilent à une administration de même nature que le commissariat, la sécurité sociale … A cela s’ajoute souvent une expérience peu valorisante de leur scolarité. Franchir la porte de l’école n’est pas naturel pour un certain nombre. Or pour ces parents, parfois "taiseux" le médiateur peut être ce pédagogue qui les prend par la main et les aide à franchir cet obstacle. Comment prétendre lutter contre les écarts de destin, le déterminisme social si on ne commence pas par apprivoiser ce lieu de savoir qu’est l’école ?

Dans le même esprit, il est un domaine très délicat, celui du rapport du professeur et du parent, à propos de l’enfant /élève de ce dernier. Comment faciliter un dialogue serein et éviter que cet échange ne se transforme en affrontement à cause du non-respect de la spécificité de l’autre ?

Chacun doit avoir présent à l’esprit que l’école en France est une affaire d’Etat, que les enseignants sont des représentants de l’Etat éducateur et que l’école s’est faite principalement contre les familles au moment de la Révolution française. Si on ajoute que les enseignants sont très attachés à leur liberté pédagogique qui a tendance à dériver vers une indépendance, et que les parents souhaitent de plus en plus comprendre ce qui arrive à leurs enfants, on imagine aisément le risque de conflit dès que les demandes se font trop pressantes en particulier de la part de parents intrusifs.

On peut le regretter mais il est difficile de se contenter d’une approche collective alors que règne dans la société une forme d’individualisme qualifié parfois rapidement de consumérisme.

Il est possible, entre gens de bonne volonté, d’atteindre cet équilibre. J’ai élaboré avec des enseignants et parents d’élèves une charte des rapports individuels enseignant /parent qui peut être utile. Elle peut aussi constituer une aide pour médiateur.

Dans ce domaine essentiel pour la réussite des enfants en particulier des milieux modestes, ceux qu’on appelle les "invisibles", le rôle du médiateur me paraît devoir être développé. Il est double : aider sans doute ceux qui sont déboussolés par les rites et codes de l’école et aussi de l’enseignant mais aussi inviter l’école et l’enseignant à se rapprocher de parents qui ne comprennent pas les règles et subtilités de la sphère éducative. Tout ceci ne relève certainement pas de l’injonction ni uniquement de mesures législatives mais plutôt d’un changement progressif de culture privilégiant le respect mutuel et la considération.

Il en est de même pour l’aide à apporter aux élèves en situation de handicap qui peinent encore à trouver leur place à l’école.

Des secteurs nouveaux apparaissent et devront faire l’objet d’une grande attention, comme l’irruption du numérique, Parcours sup et le décryptage de la décision ….

La médiation entre pairs mise en œuvre entre élèves, développée au Québec commence aussi à émerger et mérite attention en une période où les violences en milieu scolaire font à nouveau la une. Les heurts entre élèves, brimades, intimidation, harcèlement que les anglais appellent "bullying" sont monnaie courante et pèsent sur le climat scolaire. Il ne s’agit évidemment que d’un aspect d’un problème beaucoup plus complexe

Enfin, à quoi servirait de développer cette démarche qui concourt à faire de la sphère éducative un lieu de bienveillance adossé à de forts principes éthiques du service public de l’éducation si elle n’était un moyen de faire évoluer les comportements des acteurs.

Le retour à une plus grande confiance dans l’école ne se décrète pas Elle se mérite et doit se traduire en actes multiformes. Elle suppose de retenir des mesures fortes, concrètes , ayant "du souffle" dans des domaines fondamentaux tels que la formation initiale et continue des enseignants en particulier sur le plan pédagogique (contenu et durée), une juste rémunération, l’organisation de l’école prioritairement au bénéfice de tous les élèves … mais la méfiance engendrée par quelques cas peut créer un état d’esprit dévastateur et annihiler les meilleures réalisations

Aussi, l’expérience de 20 ans de médiation institutionnelle s’écartant du spectaculaire et des effets d’annonce, est encourageante.

Dans ce domaine, l’erreur peut exister mais ne pas la reconnaître est dramatique et suscite la méfiance généralisée

Le médiateur, tiers extérieur peut faciliter cette sortie du déni sans faire perdre la face à celui qui change d’avis.

Il permet d’éviter le recours trop fréquent à une judiciarisation souvent décevante, validant ce proverbe chinois selon lequel "l’Etat est bien administré quand l’escalier de l’école est usé et que l’herbe croît sur celui du tribunal".

Jacky Simon,Ancien élève de l’ENA (Thomas More 1971) Inspecteur général de l’administration, de l’enseignement supérieur et de la recherche, a été plusieurs fois directeur au ministère de l’Education nationale et chef de l’IGAENR. Auteur d’un ouvrage sur "l’administration et la gestion de l’Education nationale, de la maternelle à l’Université" plusieurs fois réédité, et de nombreux articles sur le fonctionnement du système éducatif, il a été Professeur associé a l’Université de Cergy Pontoise. Il est le créateur du réseau des médiateurs et le premier médiateur de l’Education nationale de 1998 à 2006.

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