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Pédagogisme et pédagogie

Alors que s’affiche l’ambition politique de « tout mettre en œuvre pour qu’au sortir de l’école primaire tous les élèves sachent écrire, lire, compter et respecter autrui », Éducation & Devenir s’étonne de voir notre ministre raviver un débat stérile en déclarant vouloir en finir avec le « pédagogisme ».

 

Cette attitude est d’autant plus incompréhensible que prenant lui-même des exemples dans l’Ecole Montessori ou dans des expérimentations internationales réussies en matière de pédagogie, Jean-Michel Blanquer semble faire entrer par la fenêtre ce qu’il chasse par la porte !

 

Pédagogisme et pédagogie sont en réalité des concepts opposés mais leur proximité lexicale entretient dans le discours public des confusions qu’on ne saurait croire involontaires de la part d’un haut responsable.

 

 

Accuser de « pédagogisme » les opiniâtres pédagogues qui cherchent à faire accéder tout enfant au savoir, à la culture et à la capacité à penser par lui-même relève de la mystification. Car le pédagogisme s’avère au contraire une forme de démission éducative qui au prétexte de laisser l’enfant construire son propre savoir, l’éloigne de toute transmission culturelle, bannit l’idée d’autorité éducative et augmente les inégalités qu’il croit combattre. Ce pédagogisme irrigue-t-il les orientations politiques des dernières décennies ? Bien sûr que non ! Et peut-on espérer accroître l’efficacité de notre école en attribuant ses difficultés à la supposée opposition entre « transmission des connaissances » et « construction des savoirs » ? Pas davantage ! Mais face aux nostalgiques d’un enseignement qui pouvait s’affranchir de tout effort pédagogique dans un contexte sociétal qui n’est plus le nôtre, il nous faut dénoncer les procès d’intention et affirmer les valeurs que nous défendons en termes de pédagogie.

 

Qu’est-ce qu’un point de vue pédagogique sur l’enseignement ? D’abord l’adhésion à deux idées essentielles. La première est que tous les êtres humains sont éducables et peuvent s’améliorer, la deuxième est que l’école doit permettre aux élèves, quelles que soient leurs origines sociales, d’exprimer leur potentiel et d’accéder à leur propre niveau d’excellence.

 

La pédagogie s’attache à comprendre la tension au cœur de l’action d’apprendre. S’il est possible de faire progresser tous les élèves, on ne saurait y parvenir par la contrainte, car pour apprendre l’élève doit engager sa volonté et son activité. Il revient donc au maître d’être le médiateur entre l’ignorance qui enferme et le désir d’apprendre qui libère. Cela n’a jamais voulu dire qu’il s’agirait de construire un savoir à partir de rien ou de connaissances approximatives.

 

Être savant dans une discipline ne saurait hélas garantir que le savoir passe de l’esprit du maître à celui de l’élève. La pédagogie ne rejette pas les apports de connaissances exposés de façon magistrale mais elle permet d’adapter les modalités d’enseignement en incluant des activités de recherche, de mobilisation et d’étayage des compétences, de manière à ne plus confier le processus d’appropriation du savoir au hasard des privilèges familiaux. Car c’est bien ce manque d’adaptation et d’accompagnement qui aggrave, dans l’école, les effets des inégalités sociales.

De même, si la pédagogie met l’élève au centre du système, elle ne décrète pas l’enfant roi, au contraire du consumérisme scolaire. Elle place le processus d’apprentissage et d’appropriation du savoir (et non le programme à terminer !) au centre de l’action éducative. Dans cette perspective, comprendre l’élève dans ses difficultés ou ses résistances ne revient pas à l’exonérer des efforts à fournir mais à le conduire fermement à surmonter le fatalisme social ou les entraves psychologiques.

 

Ainsi la pédagogie est-elle un savoir-faire, une « théorie pratique » indispensable pour engager les élèves qui sont confiés à l’école. Elle s’adosse à des connaissances scientifiques : psychologie, neurosciences et sciences cognitives, sociologie, histoire… Elle suppose une éthique et une morale du métier dans la relation à celui qui « doit apprendre », elle suppose une remise en cause des gestes professionnels pour renouveler jour après jour leur efficacité. Elle suppose enfin une vision politique pour ancrer le projet d’apprentissage de tous dans un projet de société cohérent, démocratique et équitable.

 

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