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Les enseignants demandeurs d'une réflexion philosophique sur leur métier (A. Kerlan, P. Foray)

July 9, 2017

Avec l'aimable autorisation de ToutEduc

 

 Philippe FORAY

 Alain KERLAN

 

Les enseignants demandent à leur formation des outils pour exercer leur métier, mais ils posent également la question du sens même de leur activité. C'est l'un des messages de l'ouvrage collectif porté par Philippe Foray (université Jean Monnet, Saint-Etienne) et Alain Kerlan (Lyon 2), "Le métier d’enseigner - Approches philosophiques". Ils répondent aux questions de ToutEduc, en marge du colloque organisé les 29 et 30 juin en l'honneur d'André D. Robert (voir ici).

 

ToutEduc : Quels sont les points originaux de cet ouvrage ?

 

Philippe Foray : L'ouvrage est divisé en trois parties. Dans une première partie, à la notion de compétences qui est traditionnellement associée au métier d’enseignant, nous associons la notion de vertu, qui est quand même moins courante; c'est l'affirmation qu’il y a une dimension éthique concomitante de la compétence professionnelle. La deuxième partie, moins originale, souligne le retour de l’autorité comme objet d’investigation dans les sciences de l’éducation et à propos de l’enseignement. A la fin du XXème siècle, l’autorité avait à peu près complètement disparu, et depuis une trentaine d’années, les études se multiplient. Nous sommes aussi dans ce prolongement.

 

ToutEduc : Ce concept d'autorité n’est certainement pas univoque…

 

Philippe Foray : Un des traits majeurs de nos analyses est que l’autorité ne peut pas fonctionner indépendamment de la confiance. C’est une perspective qui est relativement nouvelle. En dernière partie, nous faisons le lien avec les questions politiques. L’enseignement est à la fois une pratique localisée dans une classe, mais aussi indissociable d’une réflexion sur le politique.

 

Alain Kerlan : Ce sur quoi je souhaiterais mettre l’accent, c’est la nécessité d’une philosophie de l’éducation aujourd’hui plus que jamais, et la difficulté de pouvoir la porter, l’enseigner. On a assisté à un rétrécissement du nombre d’heures consacré à la philosophie de l’éducation dans la formation des enseignants. C’est aujourd’hui de toute évidence la part la plus pauvre. Je suis bien placé pour le savoir pour avoir été, comme mon collègue Philippe Foray, professeur d’école normale. J’ai commencé avec 8 heures hebdomadaires d'enseignement de philosophie, sociologie, psychologie - on appelait ça psychopédagogie. Je crois qu’elle est absolument nécessaire parce que constamment, ce que les enseignants posent, c’est la question du sens. Ça m’a énormément frappé dans mes propres enseignements de philosophie à Lyon 2 lorsque j'y suis arrivé. J’ai trouvé des enseignants qui étaient en train de comprendre qu’on ne pouvait regarder les questions d’éducation aujourd’hui sans les poser sur le fond, qu’on ne peut plus se contenter de les poser uniquement sur des formes pédagogiques. Les enseignants, contrairement à ce que l’on pense quelquefois, sont en demande de sens et pas simplement en demande de techniques.

 

ToutEduc : Ne sont-ils majoritairement dans une perspective utilitariste, demandeurs des solutions pédagogiques clé en main ?

 

Alain Kerlan : Non, du moins dès qu’on leur donne les moyens de formuler leurs questionnements et leurs points de vue. Je pense qu’ils sont de plus en plus nombreux, beaucoup d’entre eux se rendent compte que les problèmes d’éducation sont des problèmes complexes et mettent en jeu l’état du Monde dans une certaine mesure…

 

ToutEduc : Avec des "élèves Monde", dans des "classes Monde", au sein d’ "établissements Monde" ..?

 

Alain Kerlan : Absolument ! Le colloque où nous nous trouvons est consacré à "la forme scolaire". Je crois que l’une des raisons majeures de la crise de l’école et de l'éducation aujourd’hui, c’est le fait que la forme scolaire précisément, socialise ou socialisait, mais qu'elle est en porte à faux complet avec de nombreuses évolutions sociétales et politiques, ce qui fait que cette forme-là est bousculé dans l'école d'aujourd'hui, et qu’elle a le plus grand mal à tenir.

 

ToutEduc : Dans ce questionnement sur le sens, quel rôle peut jouer la philosophie de l'éducation ?

 

Alain Kerlan : Je mettrai en avant l’idée de complexité. C’est très important. Les enseignants ont conscience que c’est le monde entier qui traverse la pédagogie, l'éducation, la classe, et en même temps, ils peuvent avoir des postures très défensives, sur le thème "si on laisse tout entrer, on est dans les plus grande difficultés". Dans ce livre, il y a un article que j’aime beaucoup, c'est celui de Samia Langar, titré "L’enseignement à l’épreuve de l’ethnicisation : le rapport Obin et ses ambiguïtés exemplaires". Elle pose notamment la question du voile, et c'est une des raisons pour lesquelles je lui avais demandé cette contribution. On ne peut pas aujourd’hui enseigner sans tenir compte de la diversité de la population française et de son histoire. A travers l’Islam, évidemment, c’est la mémoire post-coloniale, c’est le récit national qui sont interrogés. Les jeunes filles qui se mettent à porter le voile sont bien souvent de la troisième génération, alors que leurs mères, leurs grands-mères, ne le faisaient pas. Ça devrait nous poser quelques questions, y compris pour la condition enseignante.

 

ToutEduc : Que voulez-vous dire ?

 

Alain Kerlan: je suis vice-président de la Société francophone de philosophie de l’éducation, dont Michel Fabre est le président, et nous tenions hier notre colloque annuel dont le thème était "Education & frontières". L'un des enseignements les plus forts de notre colloque, c’est qu’il n’y a pas de meilleur lieu que l’école pour enseigner la différence, pour enseigner "the space between" comme disait Hannah Arendt, cet espace qu’il y a entre nous qui fait nos différences mais qui nous fait tenir ensemble.

 

"Le métier d’enseigner - Approches philosophiques", Presses universitaires de Lorraine, avril 2017, 15€

 

Propos recueillis par Claude Baudoin, relus par les auteurs

 

 

 

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