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Siège social

Education & Devenir

35 rue du puits Fouquet

76113 SAHURS

L'éditorial d'avril 2020

Oui chacun essaie de gérer son stress individuel puis professionnel,

Oui tout le monde est à la tâche,

Oui chacun est pleinement conscient des enjeux de la continuité pédagogique.

Mais à quel prix ? 

 

Les équipes sur le terrain ont pris les choses à bras le corps sans vraiment avoir eu le temps de s’y préparer et d’y préparer leurs élèves. Être confiné, « en guerre », n’est pas anodin pour une société et cela marquera profondément l’inconscient collectif. 

Sortons donc des effets d'annonce, de la performance des chiffres et de l’affichage !

L’enjeu sanitaire est de taille et c'est ce qui a présidé à la décision de fermer les écoles jusqu’à nouvel ordre. Bien que cette fermeture puisse s’appuyer sur de nouvelles technologies toujours plus attractives et efficaces (permettant d’ailleurs aux acteurs marchands de l’école numérique de faire de juteux appels de phares !), c’est bien la crise sanitaire qui doit nous préoccuper en premier lieu. Et non l’occasion de tester grandeur nature l’École numérique de demain. 

Ce débat sur l’École de demain, nous l’aurons après cette crise, prenant le temps du retour d’expérience nécessaire, associant tous les acteurs. Cette réflexion collective s’avère désormais indispensable car l’école a plus que jamais la mission d'être un service public d’éducation de qualité, donc véritablement au service de tous et mettant en actes l’exigence de « ne laisser personne au bord du chemin ! ». Cette crise nous donne l’occasion de voir les capacités d’adaptation, l’ingéniosité et la créativité des acteurs de terrain pour continuer à exercer leurs missions, illustrant par-là remarquablement le pouvoir d’agir local, le pouvoir d’agir du terrain. Et, indéniablement, des éléments intéressants et originaux au service de nouvelles modalités pédagogiques seront à conserver.

Il nous paraît cependant important de rappeler qu’enseigner et accompagner les enfants et les jeunes pour grandir est une mission collective. 

La continuité pédagogique tant mise en avant ne devrait-elle pas simplement et humblement consister au maintien du lien social, invitant à conserver une activité intellectuelle durant ces journées de confinement ? Ne devrait-on donc pas parler plutôt de continuité éducative ? Ne serait-ce pas cela la continuité du service public ? 

Alors que, cette année, Éducation et Devenir s’interroge sur les manifestations et les mécanismes du tri social par l’école, sur les manières de lutter contre cette école du tri social, il convient d’alerter sur plusieurs points : 

  • La charge de travail demandée aux élèves ne s’avère pas partout identique dans le cadre du confinement : appréhender l’outil, dépasser les difficultés de connexion, faire abstraction des nombreuses tentations et obstacles (bruit, exiguïté, nécessaire partage du matériel…) sont autant de freins à surmonter au sein des familles. Il n'y a pas un confinement mais une multitude de confinements. 

  • Se pose également la question des usages : comment s’assurer que tous les élèves arrivent à s’emparer d’un nouvel outil ou d’une nouvelle modalité de travail ? Dans le champ du numérique, on part souvent d’évidences : envoyer une pièce jointe ou bien identifier ce qu’est l’objet d’un message ; or ce ne sont pas là des compétences innées. Ce sont des compétences que l’école et le collège se doivent de faire acquérir à tout élève ; mais le sont-elles vraiment ? La fracture n’en sera que plus importante entre les élèves qui pourront être guidés par leurs parents et ceux qui se sentiront encore plus perdus qu’au sein de la classe. En tout cas, cet état de confinement fera apparaître d’une façon criante les manquements de l’institution dans son éducation au numérique, trop longtemps traitée avec désinvolture et laissée à l’appréciation ou la seule bonne volonté des enseignants, tout particulièrement de celui de technologie, matière jugée secondaire par bon nombre de professionnels et de parents. 

  • Il est ainsi indispensable de penser les problématiques des élèves les plus éloignés de l’école et du numérique. Outre les difficultés liées à l’outil informatique, aborder de nouvelles notions se doit d'être interrogé lorsque l'ensemble des élèves d'un groupe ne bénéficie pas des outils et conditions nécessaires au suivi des apprentissages. 

  • Nombre d’enseignants en font enfin le constat : livrés à eux-mêmes, les élèves ont besoin d’outils méthodologiques pour développer leur autonomie (savoir utiliser des ressources, savoir apprendre une leçon, discerner ce qui est essentiel dans un chapitre, préparer une évaluation, préparer un exposé...). Mieux vaut tard que jamais mais n’est-il pas urgent d’en faire véritablement une priorité pédagogique de l’enseignement ordinaire dans les établissements scolaires ?

  • La priorité étant le confinement, martelé par le #restezchezvous, il n’est plus possible de s’appuyer sur les réseaux habituels permettant d’accompagner au plus près les familles en difficulté (centres sociaux, associations, collectivités territoriales, CMP...). A situation exceptionnelle, difficultés exceptionnelles et la situation des familles les plus fragilisées pourrait s’en trouver aggravée, exacerbant alors la fracture numérique puis, par ricochet, la fracture sociale et scolaire. 

Nos amis québécois ont adopté une autre stratégie pendant le confinement (c’est aussi le cas en Belgique), mettant à disposition des ressources qui « peuvent être utilisées sur la base du volontariat », sans exigence de résultat quant à l’acquisition de notions nouvelles mais en axant leur accompagnement sur la consolidation des compétences et le développement de l’autonomie. Sans pour autant transposer à l’identique ce modèle, posons-nous concrètement la question du contenu de cette continuité pédagogique ! 

Et préparons l’après : pédagogiquement et humainement. Dans quel état allons-nous retrouver nos élèves ? Entre ceux qui bénéficient d’un cadre intra-familial sécurisant, qui souvent se seront mis une vraie pression pour répondre à une impressionnante somme de travail, et ceux qui, démunis, sans outils et sans appui, auront baissé les bras, le spectre des situations sera large et plus que jamais une pédagogie différenciée sera nécessaire. Il nous faudra panser les plaies. Soyons attentifs à ne pas ajouter et aggraver la difficulté scolaire : certains élèves pourraient ne pas s’en relever. Inscrivons nos actions dans le temps, l’important aujourd’hui étant le maintien du lien social avec tous nos élèves, gage d’une reprise plus efficace pour poser les premières pierres de l’école de demain.