Propositions E&D sur l’évolution des conseils de classe

Formulées à l’issue du CA du 9 février 2020

Le conseil de classe, une instance très ancienne et nécessaire:

- L’obligation institutionnelledu système scolaire, liée à l’obligation faite aux parents de scolarisation deleurs enfants, est de:

  • Rendre compte périodiquement aux usagers du service public (élèves et parents) des acquis et progrès des élèves concernant la maîtrise des apprentissages des programmes,

  • Formuler des propositions concernant l’orientation et le redoublement

 

- La composition du conseil de classe est fixée par les textes (Article R421-50) : Le conseil de classe est composé des membres suivants: Chef d'établissement qui le préside, professeurs de la classe, 2 délégués des élèves, 2 délégués de parents d'élèves, conseiller principal d'éducation (CPE), conseiller d'orientation-psychologue, médecin scolaire, assistant social ou infirmier, quand c'est utile pour le cas personnel d'un élève)mais ceux-ci ouvrent des possibilités et des adaptations.

- La périodicité est fixée par le code de l’éducation à trois conseils par an et chaque fois que le chef d’établissement le juge utile, sauf dérogation accordée aux lycées professionnels d’une part, qui peuvent se limiter à deux réunions par an et aux établissements en expérimentation d’autre part.

Un fonctionnement encore trop traditionnel et des pratiques figées:

- Tous les acteurs en sont conscients mais le conseil de classe a peu évolué au fil du temps.

- Même si la présentation des résultats de la classe et des élèves est souvent réalisée par projection en diaporamas intégrant ainsi les nouvelles technologies de communication, elle accorde encore trop souvent une part importante aux notes, aux moyennes trimestrielles (par matières ou sur l’ensemble), prenant parfois aussi l’aspect d’un tribunal donnant lieu à des jugements peu constructifs.

- La participation des élèves, règlementairement et majoritairement limitée aux délégués, n’est toujours pas très satisfaisante. Elle n’est pas représentative des ambitions de l’école en matière d’éducation à la citoyenneté et à la prise d’initiatives et de responsabilités par les élèves.

- La participation des parents, elle-aussi n’est pas satisfaisante, inégale suivant les lieux et pas très bien située.

- La périodicité traditionnelle du trimestre n’est plus suffisamment adaptée aux contraintes, aux objectifs de formation, aux rythmes d’apprentissage et aux évaluations, notamment en lycée. Le 1er trimestre est long et fatiguant. Les conseils sont donnés à un moment peu propice à des jugements constructifs. Les vacances passent et on reprend en janvier en ayant tout oublié (valable pour les enseignants et les élèves et familles). Les contrôles sont insuffisamment étalés: en novembre, tout le monde s’aperçoit qu’il n’y a pas assez de notes et c’est l’avalanche. Deux périodes plus calmes et mieux étalées dans le temps ne conviendraient-elles pas mieux?

- L’exploitation des décisions et propositions des conseils de classe et la trace inscrite dans les bulletins communiqués aux familles ne sont pas satisfaisantes.

 

Pourquoi le conseil de classe doit-il évoluer?

 

- Les apprentissages du collège ont évolué, supposant une nouvelle manière de rendre compte de leur acquisition par les élèves. En effet, les programmes du collège sont articulés au socle commun et sont exprimés dans toutes les disciplines en termes de compétences. Il faut donc situer avec précision les niveaux de maîtrise de ces compétences à la fin d’un cycle ou d’une période significative d’apprentissage.La construction des compétences prend du temps et demande que les enseignants renseignent avec précision le LSU (livret scolaire unique) sur ce qui a été travaillé dans la période (le trimestre, le semestre, le cycle 3 ou 4) et sur le niveau de maîtrise acquis dans la discipline et plus largement dans les compétences fondamentales des domaines du socle commun.

- Les parcours éducatifs, désormais installés au collège, dans la continuité des apprentissages de l’école primaire et en préparation de la poursuite d’études au lycée, articulent des apprentissages réalisés dans la classe et en dehors dans tous les moments de lavie du collégien. Le conseil de classe doit rendre compte des activités et des avancées réalisées par l’élève dans les parcours citoyen, avenir, santé et artistique et culturel. Le parcours avenir notamment, qui cherche à renforcer et à anticiper le traitement d’informations et la réflexion du collégien sur son avenir et sur ses possibilités d’orientation, doit être au cœur des échanges du conseil de classe.

- L’existence au collège des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) et le renforcement des accompagnements personnalisés sous toutes leurs formes nécessitent que le conseil de classe accorde une part importante des échanges au choix des modalités de soutien, d’aide et d’accompagnement proposées aux élèves, en fonction de leurs besoins.

- La réforme et la toute récente rénovation de la voie professionnelle, la réforme du lycée et celle du BAC, conduisent à repenser l’organisation et le rôle même des conseils de classe.En effet, la place faite à l’alternance dans la voie professionnelle, aux nouveaux co-enseignements, aux choix progressifs de filières et de spécialités et aux chefs d’œuvre, conduisent à repenser rythmes, organisations et contenus des conseils de LP. L’abandon des filières au lycée général au profit d’un tronc commun renforcé et du choix d’enseignements de spécialité, l’installation d’une part accrue de contrôle continu au BAC au travers des E3C, ont conduit à une reconfiguration des classes de première et de terminale et des groupes suivant les spécialités et options choisies. En effet les élèves sont confrontés au cours de leur semaine ordinaire à la fréquentation de 4, 5 à 6 groupes différents (3 groupes correspondant à leurs trois groupes d’enseignements de spécialité, les groupes de LV1 et de LV2, le groupe classe pour le reste des enseignements de tronc commun et parfois un groupe EPS suivant l’ensemble d’épreuves choisi). La réforme du lycée a ainsi mis en évidence que le format classique des conseils de classe n’est plus adapté au fonctionnement des classes de 1ère Générale.Le nombre des professeurs concernés par les 30 à 35 élèves d’une seule et même classe de lycée a considérablement augmenté, demandant de repenser en totalité rythme, organisation et sollicitation des enseignants, en conseil de classe.

- La réflexion des équipes de direction, en concertation avec leurs équipes pédagogiques, est très avancée et a produit, ici ou là, de très nombreuses innovations et recherches d’adaptation. Cette dynamique présente de l’intérêt et doit être encouragée, à partir d’un cadre national qui évite des dérives et insuffisances du systèmes scolaire par rapport à ses obligations rappelées en tête de cet article.

- Depuis 1968, date des premiers textes sur le conseil de classe, les instances pédagogiques se sont développées au sein des EPLE: conseil pédagogique, conseil école-collège, conseil de cycle, conseils d’enseignement, sans compter l’émergence d’autres instances comme les CVL, CVC ou CESC. Toutes concourent à mieux penser et accompagner la réussite de tousles élèves. Dans ce contexte, quelle place et quel rôle faut-il réserver auxconseilsde classe à l’avenir?

 

Quelles propositions d’évolution des conseils de classe?:

- Le conseil de classe (faut-il au passage envisager de changer son nom?) doit conserver sa fonction au sein de l’institution et traiter en son sein des éléments suivants:

  • Les questions pédagogiques intéressant la vie de classe, et notamment les modalités d'organisation du travail des élèves, les compétences transversales, le climat scolaire, la discipline, l’organisation des évaluations;

  • Les résultats scolaires individuels des élèves (niveaux de maîtrise des compétences) en proposant un bilan et des conseils et/ou proposant des aménagements d'évaluation ;

  • Les modalités d’accompagnement personnalisé et d’aide proposéesaux élèves en difficulté, laprise en compte dedifficultés qui seraient passées inaperçuespour une prise en charge plus préciseet plus adaptée (PPRE, devoirs faits, tutorat...);§Il émet un avis sur les vœux d'orientation exprimés par les familles et les élèves, et/ou formule d'autres propositions ;Il apporte à ce propos des informations utiles à l’élève sur le monde extérieur et sur les métiers;

  • Il émet un avis éclairant le jury pour les classes à examen;

  • Il émet un avis sur les vœux de poursuites d'études post-bac, en complétant la fiche avenir sur ParcourSup.

 

- A partir d’un cadre commun national qui fixe et précise la composition minimale, le rôle et la fonction du conseil de classe, le rythme minimal des réunions, l’organisation du conseil de classe doit être laissée à l’initiative des EPLE. Le chef d’établissement, en accord avec son conseil pédagogique et son CA, pourrait décider des modalités précises d’organisation des conseils de classe, qui pourraient être différentes suivant lesniveaux (durée, composition, contenus...). La participation des délégués élèves et plus largement des élèves, celle des délégués parents et plus particulièrement des parents, celle des professeurs (principaux, de tronc commun, de spécialités, d’options...), celle des CPE et personnels d’orientation et de santé, pourraient être localement aménagées en fonction des besoins et des niveaux de classe.

- Le rythme d’organisation des conseils de classe doit être le plus fréquemment ramené au semestre. Cela est particulièrement nécessaire dans les lycées (LGT et LP). Le temps nécessaire à la mise en place des groupes et des enseignements de spécialité, à l’organisation des trois périodes d’E3C sur l’ensemble du cycle terminal, la multitude des acteurs impliqués dans l’apprentissage et l’évaluation des lycéens et dont il faut coordonner les avis, le poids nouveau des appréciations et décisions du conseil de classe pour l’orientation, justifient que ce temps se prévoit deux fois par an. Les équipes de collège peuvent aussi considérer le semestre comme une étape plus adaptée auxdurées et rythmes des apprentissages des cycles 3 et 4. Les expérimentations de semestrialisation des conseils de classe déjà réalisées en collège ont été jugées positives par les acteurs.

- Le temps du semestre peut paraître trop long pour repérer suffisamment tôt et traiter le cas des élèves en décrochage, en difficulté, en souffrance. Il est donc nécessaire, qu’autour du professeur principal, s’organise un conseil intermédiaire plus souple, moins institutionnel mais tout aussi nécessaire, pour examiner en particulier les quelques cas des élèves en difficulté et s’entendre sur les aides à apporter et à coordonner (AP, tutorat, devoirs faits, PPRE, PAI...).

- Pour préparer ces conseils de semestre, le professeur principal doit être accompagné et aidé dans sa tâche. Cela peut se faire par la désignation de deux professeurs principaux pour certains niveaux de classe particulièrement sensibles (3ème, 1ère, Terminale, seconde voie pro...) ou par la désignation d’un ou plusieurs professeur(s)référent(s)de la classe qui peutou peuventaccompagner le professeur principal dans ses tâches. On peut aussi imaginer d’abandonner l’appellation de professeur principal au profit de celle de professeur référentqui suive, au lycée, une douzaine d’élèves au maximum pendant le cycle terminal (soit les classes de première et de terminale).

- S’il est nécessaire et obligatoire, d’accorder à chaque élève, y compris à ceux qui réussissent bien à très bien, un temps d’examen de ses résultats, de son engagement et de la maîtrise des compétences visées dans les programmes, il est indispensable d’examiner avec une attention particulière le cas des élèves plus fragiles, présentant des difficultés à différents niveaux de leurs apprentissages, quitte à ce que le temps accordé par le conseil de classe soit notablement plus important. 

- L’organisation du conseil de classe doit permettre d’assurer l’écoute et l’expression de chacun: professeurs, élèves, parents. Formations, temps de concertationet préparations en amont constituent lesconditions pour l’atteinte de cet objectif. Peut-on imaginer, sur certaines classes ou certains niveaux plus sensibles (3ème, seconde LP, première, terminale...)la présence de tous les parents et de tous les élèves? Quelledurée raisonnable, efficace, des conseilsdans ce cas? Comment anticiper la préparation et l’organisation du conseil de classe?

- On peut souhaiter que dans chaque établissement, soit établie, en conseil pédagogique, une charte des conseils de classeà partir des propositions du chef d’établissement. Celle-ci est ensuite présentée à tous les parents et élèves délégués de même qu’au CVL ou CVC.

-La participationet le rôle des CPE et celle parfois des AEDdans les conseils de classe, doivent être organisées sur l’établissement et préparées en amont, de même que celle des personnels d’orientation et médicaux-sociaux, pour une intervention plus ciblée sur les cas et les situations les plus délicates.

 

Quelques exemples d’organisations de conseils de classeexpérimentées par des membres d’E&D:

Exemple 1:

 Le lycée des horizons (Loire, académie de Lyon)Ce lycéefonctionne en semestressur les trois niveaux.Le proviseur explique qu’avec ses équipes, ils ontvoulu éviter les logiques trop structurelleset favoriser, dans la mesure du possible, une « entrée » élèves. Ils ont proposé, à titre complètement expérimental, la formule suivante:

  • Un «conseil de suivi»avec le professeur principal (PP)et un professeur d’une matière du tronc commun, ainsi que les parents d’élèves délégués et les élèves délégués, pour statuer au sujet des élèves en réussite (45 minutes maximum), afin de valider l’avis provisoire à ce stade de l’année. En «conseil de suivi», on valide les situations qui ne posent pas de problèmes, on évoque donc le bilan des acquis des élèves, et on donne un avis sur les choix de l’élève (Par exemple en première l’abandon de l’un des 3 enseignements de spécialité).Dans le «conseil de suivi», le nombre de participants est donc réduit. Tout tourne autour de la préparation effectuée par le PP.

  • Un «conseil d’accompagnement»rassemblant tous les professeurs de 1èreGénérale (tronc commun + enseignements de spécialité), les parents d’élèves délégués et les élèves délégués des 5 classes de 1èreGénérale, pour statuer sur les situations fragiles ou délicates (unesoirée).En « conseil d’accompagnement», on prend le temps de regarder la situation des élèves en difficulté: conseils, éventuellement des mesures d’accompagnement via la formalisation d’un PPRE (sauf si un PAP existe déjà), conseils sur le choix de l’enseignement de spécialité abandonné, voire, dans certains cas, propositions pour des stratégies de réorientation.Dans le «conseil d’accompagnement», la participation est croisée, les professeurs qui n’ont pas les élèves sont également invités à donner leur avis.

  • Cette expérimentation devra faire l’objet de deux temps d’évaluation:

  1. Un premier temps d’évaluation juste après les conseils de classe du 1er semestre, avec la possibilité d’abandonner cette expérimentation si l’on fait le constat d’un dysfonctionnement important;

  2. Un deuxième temps d’évaluation après les conseils de classe du 2èmesemestre, pour voir si l’on prolonge cette expérimentation en 2020-2021 ou non. Cela dépendra aussi de l’éventuelle publication de textes réglementaires sur ce thème.

 

Exemple 2:

Petit collège en REP du département de l’Ain (académie de Lyon):

Ce collège a engagé, à l’initiative de son chef d’établissement une réflexion collective des équipes, via notamment le conseil pédagogique, sur la rénovation des conseils de classe. L’idée est de faire que la participation des parents,et de tous les parents,si essentielle pour la réussite des élèves dans les réseaux d’éducation prioritaire, soit plus effective et active. Profitant de l’avantage d’une structure de seulement trois classes par niveaux, il est envisagé à partir de l’an prochain:

  • Que les conseils de classe soient organisés en semestres, pour rendre plus complet et efficace le temps de bilan, d’échange, decroisement des regards, d’évaluation et de recherche de solutions efficaces, pour chacun des élèves d’un même niveau de classe.

  • Que les conseils de troisième et aussi vraisemblablement du premier semestre de sixième, réunissent en un même moment de travail et d’échangetous les professeurs et délégués (élèves et parents concernés) des trois classes du niveau, mais aussi, dans les moments où leur situation est examinée, tous les parents et élèves des trois classes.

Plusieurs objectifs sont recherchés avec cette expérimentation:

  • Renforcer les liens avec les parents et confondre, d’une certaine manière, conseil de classe et réunion parents-professeurs. En effet, tous les professeurs sont présents, ceux qui ont en classe l’élève et aussi ceux qui l’ont peut-être eu l’année précédente. Tous pourront s’exprimer et apporter leur concours dans l’analyse fine des résultats scolaires, des comportements de chaque élève, mais aussi des compétences acquises au niveau du socle commun et des programmes disciplinaires. 

  • L’éclairage croisé, avec l’écoute aussi de l’avis des élèves et des parents, devrait permettre que le conseil propose des accompagnements et des aides plus adaptés et mieux compris. L’étude individualisée des parcours de chacun cherchera à situer les avancées et les objectifs à sedonner,concernant les 4 parcours éducatifs.

Article rédigé pour E&D par Régis Dupré

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