Expérience de mise en œuvre d'un plan de reprise déconfinement

 

Jeudi 7 mai, le top départ est donné, on va donc déconfiner pour de vrai à compter du 11 mai. En fait, pour les Collèges, ce sera à compter du 18 mai, une semaine de plus de répit pour tout préparer.

 

Le premier enjeu est de bien appréhender le protocole sanitaire et ses 54 pages de consignes détaillées au millimètre. Tout est prévu, le sens de circulation à mettre en place dans l’établissement, la disposition du nombre de tables dans chaque salle de classe, l’adaptation des sanitaires, l’organisation des récréations et l’aménagement de la cour, les points de distribution de gel hydroalcoolique ou de savon liquide, et bien évidemment la fameuse capacité d’accueil, sans oublier les obligations sur le port du masque.

 

Pour calculer la capacité d’accueil, il nous faut d’abord croiser deux données fondamentales : nos ressources humaines disponibles en agents d’entretien et celles en personnels d’éducation et d’enseignement. Bref, combien d’agents, combien de professeurs et combien d’AED vont être présents ?

 

Nous faisons vite le constat (et c’est corroboré dans quasiment tous les établissements scolaires) que nous aurons suffisamment de professeurs et d’AED. Ce n’est donc pas là où réside le problème crucial, mais bien pour gérer les consignes draconiennes en termes de nettoyage et de désinfection des espaces communs (couloirs, hall, CDI, salle des professeurs, bureaux de la Direction et de la Vie scolaire, …).

 

Mon Collège représente à ce titre une particularité. Construit en 1981, il ne dispose plus de demi-pension depuis 2011, date à laquelle la Région a fait construire le Lycée. Le restaurant scolaire appartient donc à la Région, alors que le Collège continue à être géré par le Département. Une convention entre ces 2 collectivités a réglé l’accueil des Collégiens au restaurant scolaire aux côtés des Lycéens. Mais au restaurant scolaire, il n’y a que des agents de la Région, et au Collège subsistent 4 agents du département, représentant 3,3 ETP. Un agent de maintenance, et 3 agents d’entretien, dont 2 à temps partiel.

 

Pour assumer toutes les tâches de nettoyage et de désinfection, la ressource humaine est donc relativement faible. Non pas que les agents ne soient pas motivés, bien au contraire, mais avec 3 agents à peine, cela va limiter notre capacité d’accueil, d’autant qu’il faut anticiper la possible montée en puissance sur les niveaux 4ème et 3ème à compter du 2 juin.

 

Compte tenu du fait que nos élèves mangent au restaurant scolaire géré par la Région, il faut que nous obtenions d’abord le feu vert de la Région pour sa réouverture. Première difficulté, car a priori, la Région n’y est pas favorable. Avec mon Adjointe-Gestionnaire, nous entamons un cycle de négociation portant sur un double front : obtenir cette réouverture de la restauration, en rédigeant un protocole de reprise rigoureux, et obtenir d’autre part une concession historique de la Région pour accepter de détacher un ou deux agents pour prêter main forte aux agents du Collège.

 

Après plusieurs jours de va et vient, de coups de téléphone aux responsables de service au département, à la Région, à l’Inspectrice d’Académie adjointe, un jour, nous sommes très optimistes, le lendemain, nous serons abattus, mais nous obtenons finalement une victoire totale sur les 2 points : le restaurant scolaire sera rouvert, et deux agents de la Région vont travailler au Collège. Cela paraît si anodin, et pourtant, c’est un précédent capital, qui nous permettra en situation de crise de mieux mutualiser nos ressources humaines. Il ne reste qu’à procéder à des tests de recherche de légionnelles, et en attendant les résultats, l’eau chaude sanitaire ne pourra pas être utilisée…

 

Tous ces éléments nous conduisent à fixer dans un premier temps notre capacité d’accueil à 33 élèves, c’est-à-dire 3 salles de 11 élèves. Nous gardons en tête les 4ème et 3ème pour plus tard. Il est vrai que face aux 460 élèves habituels, 33 élèves, cela fait bien peu. Mais la priorité, c’est de pouvoir assurer le protocole. Tout le protocole, rien que le protocole.

 

Le plan de reprise peut donc être rédigé. Parallèlement, notre CPE et les AED commencent à cibler les élèves prioritaires, à appeler les familles. Avec un public cible initial de 50 élèves, nous réussissons à rassembler une trentaine d’élèves pour un accueil à compter du 18 mai. Enfants de personnels soignants, de personnels enseignants, mais aussi élèves avec des PAI, des PAP, ou tout simplement repérés comme très fragilisés par le période du confinement. Avec une jauge d’accueil à 33 élèves, nous ne pouvons pas prendre tout le monde, et il nous faut faire certains choix douloureux. En espérant que parmi les premiers accueillis, quelques élèves finalement se désistent… ce qui arrivera en effet pour 3 d’entre eux. Et 3 autres élèves en liste d’attente pourront ainsi intégrer les groupes. 

 

Notre hiérarchie nous demande en urgence de réunir notre Conseil d’Administration, pendant plusieurs jours, c’est un vrai flottement : faut-il faire voter le plan de reprise ou seulement recueillir un avis ? Les services du Rectorat eux-mêmes ne savent pas, et en l’espace d’une semaine, nous aurons 3 instructions contradictoires, pour finalement recevoir la veille de notre Conseil d’Administration la demande formelle de faire adopter officiellement le plan de reprise.

 

Auparavant, en équipe de direction, nous avons décidé de réunir la CHS (Commission Hygiène et Sécurité) du Collège. Cette étape n’a rien d’obligatoire, mais il nous semble que c’est mieux de jouer la carte de la transparence et de passer en revue, en grandeur nature, notre plan, afin qu’on puisse entendre remarques, observations et critiques sur notre plan. C’est que cet exercice est bien inédit pour tout le monde.

 

Le jeudi 14 mai, la CHS se réunit donc. Pour plusieurs professeurs, les 2 élèves et les parents d’élèves, c’est le premier retour physique dans l’établissement. Nous nous sentons tous un peu « gauches » avec nos masques, et nous ressentons rapidement que professeurs, parents et élèves sont impressionnés par le travail préparatoire effectué : le fléchage au sol, les panneaux qui indiquent les consignes, l’aménagement des toilettes, des salles de classe, tout cela donne une atmosphère presque surréaliste, et pourtant, tout a été pensé au moindre détail. A l’issue d’une heure de circulation, d’échanges sur tel ou tel aspect, la CHS émet à l’unanimité un avis favorable. Nous sommes rassurés et savons que la dynamique vertueuse est enclenchée. 

 

Le lendemain, vendredi 15 mai, c’est la « pré-rentrée » des professeurs. Nous recommençons à faire le tour, à tout expliquer, à expliciter les consignes, et tout se passe parfaitement bien.

A 11h, lors de la réunion du Conseil d’Administration, l’adoption du plan de reprise est une formalité. Nous sommes donc fin prêts. Les masques sont arrivés (dotation de l’Etat), matériellement tout est prêt.

 

Le lundi 18 mai, nous y sommes, pour une toute petite semaine (puisque à compter du jeudi, nous avons le pont de l’Ascension). Nos 33 élèves arrivent calmement, tous masqués. L’infirmière prend la température de chaque élève avec notre thermomètre sans contact, et les élèves se désinfectent les mains une première fois (il y a entre 12 à 15 lavages des mains par jour…). Ils sont ensuite conduits par un AED jusqu’à leur salle de classe, où ils restent toute la journée. En effet, ce sont les professeurs qui se déplacent. Les temps de récréation sont gérés par les AED, par chance, nous avons 3 cours de récréation, chaque groupe se voit donc attribué une cour. Et à midi, c’est le déplacement par petits groupes au restaurant scolaire, où tout a également été pensé pour le circuit qu’ils empruntent.

 

Au bout de cette première journée, tout s’est donc parfaitement passé. Les élèves étaient bien sûr impressionnés, et il a fallu attendre l’après-midi pour qu’ils se détendent un peu. Les professeurs ont été rassurés et même séduits par cette ambiance studieuse et relativement sereine. Nous avons néanmoins eu 3 désistements pour des élèves qui globalement ont exprimé une ambiance trop anxiogène. Ce retour est néanmoins resté assez marginal, et ne s’est pas reproduit par la suite.

 

A l’issue du week-end de l’Ascension, nous démarrons la seule semaine complète du mois de mai avec dans l’objectif les annonces gouvernementales du jeudi 28 mai : quid de l’ouverture sur les niveaux 4ème et 3ème, quid de l’ouverture des lycées. Entre collègues, tous les paris sont ouverts, même celui d’un allègement du protocole sanitaire. Nous anticipons au niveau de la Direction les mesures à prendre :

  • -    Augmentation de la capacité d’accueil au Collège, où nous allons passer de 33 à 66 élèves, mais en faisant le choix d’un non-accueil des élèves de 3ème, sauf à la marge quelques élèves en grande difficulté sur leurs projets d’orientation ;

  • -    Une capacité d’accueil fixée à 180 élèves au Lycée (où nous avons davantage d’agents, mais où la capacité d’accueil est conditionnée aux possibilités de faire fonctionner le service de demi-pension avec deux services de 90 élèves. Nous aurions pu sinon monter à 230 élèves…), avec une priorité fixée sur les niveaux 2nde et 1ère. Seuls les élèves de Terminale dont on sait déjà qu’ils vont se situer entre 8 et 10 à l’issue des résultats du 1er groupe et qui doivent préparer les oraux du 2nd groupe, seront accueillis.

 

Il nous reste enfin, après les annonces ministérielles, qui globalement n’ont eu rien de surprenant, à planifier pour le Lycée le même calendrier qu’au Collège : réunion de la CHS, pré-rentrée des professeurs et réunion du Conseil d’Administration. Les délais étant incompressibles, nous n’ouvrirons pour nos élèves lycéens qu’à compter du lundi 8 juin.

 

 

 

Gérard HEINZ,Vice-président E&D

Proviseur Cité scolaire (Collège et Lycée) Chazelles-sur-Lyon (Loire)

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